En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis

   En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis - Le Seuil - 2014.

Bon déjà , avec un titre pareil, ça me donne envie. J'ai à peine lu la quatrième de couv, rien lu sur l'écrivain, je sais juste qu'il a 21 ans et que c'est son premier roman...autobiographique. Allez hop, j'ouvre le bouquin.

Fin de journée.

Bah voilà, j'ai pris ma première baffe littéraire de l'année. Putain ça calme. Désolé pour ce commentaire brut mais là, je n'arrive pas à m'exprimer autrement. Enfin je vais essayer pour la suite.

Un roman que vous ne lâchez pas avant d'avoir terminé. Sincèrement, ce n'est pas si fréquent (enfin pour ma part).

Première scène. Collège de campagne. Eddy Bellegueule reste sans rien dire, le sourire aux lèvres (de peur des représailles) après s'être fait cracher dessus. Puis il se fait tabasser. Là encore sans rien dire. A partir de là, Eddy nous parle de sa vie dans un village du Nord avec sa famille où pauvreté et violence font bon ménage.

Et là je peux vous dire qu'on y croit à ces personnages. Un père gros et gras, ne bouffant que des frites, se bourrant la gueule tous les soirs avec ses copains de l'usine...avant de se retrouver au chômage pour invalidité. Une mère qui passe son temps à récurer sa porcherie de maison tout en insultant la télévision quand elle voit un noir ou un arabe. Pleine de rancœur, de dégoût vis à vis de la société et des politiques en général. Des frères qui reproduisent ce qu'ils voient au quotidien : se battre avec les copains, picoler et fumer et tenter de lever les filles du village qui sont bien entendus que des salopes.

Manque de chance pour cette famille, leur fils, Eddy est tout le contraire d'eux. Il n'en faut pas beaucoup pour que ses parents s'inquiètent et se révulsent de ses manières de fille, sa voix aiguë, son asthme qui l'empêche de se battre, toujours fourré dans les jupes de sa mère. Une vraie lopette, une sale tapette, une grosse fiotte ma parole ! Et puis ça commence à jaser dans le village, que vont dire les voisins ? Que dire à l'entraîneur de foot qu'Eddy ne veut plus en faire ?
 
Eddy passe son temps à essuyer les moqueries et les insultes de ses "camarades" et de ses parents. Souffrance, angoisse, peur. Honte d'être soi-même. Dégoût et rejet de sa propre sexualité. Tenter de rentrer dans le moule, d'être un vrai dur (comme il se le répète tous les jours pour s'en convaincre qu'aujourd'hui il sera un dur, un vrai). Dans l'impossibilité de se révolter, il entrera dans une relation sado masochiste avec ses cousins qui abuseront de lui. Eddy aura bien du mal à correspondre à ce que l'on attend du lui, à se construire, à se créer une identité propre.

C'est tout ce quotidien répugnant et violent, cette accumulation de misère qui sont passés en revue. L'auteur retranscrit le langage parlé de ses proches, ce qui donne une force et une véracité au récit. On se demande en tant que lecteur comment Eddy va réussir à s'en sortir dans de telles conditions, à vivre son homosexualité.

Certains reprocheront à Édouard Louis de trop en faire, d'être constamment dans l'apitoiement, dans le misérabilisme. Pour ma part, j'ai trouvé ce récit d'une grande justesse et d'une sincérité désarmante. Ce qui est assez réussi, c'est qu'à aucun moment, Eddy se pose en victime ou montre un doigt accusateur ses parents ou ceux qui le martyrisent.

Et enfin ce début de roman, superbe : 

De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé un sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.

Un témoignage dur et révoltant sur la bêtise, la vulgarité, et l'ignorance. Un premier roman réussit, très émouvant. Un vrai choc. 

  

http://edouardlouis.com 

un autre avis très détaillé : ici
 
En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis - Le Seuil - 2014.

Commentaires

Cristina G a dit…
Je l'ai mis dans mes envies depuis 15 jours et tu me confirmes, par ton magnifique billet, qu'il faut que je le lise. Je sens que je vais beaucoup pleurer et que je vais être très en colère contre la connerie et la petitesse des gens. Et puis comment une mère peut laisser son enfant se faire traiter de la sorte. Moi qui suis toujours à surveiller, à vérifier que tout va bien pour mes filles. Qu'il n'y ait pas quelques choses qui cloche, une tristesse, un désarroi...

Pourtant je ne viens pas d'un milieu favorisé...

Merci pour ta chronique :)
oui on ressent de la colère mais heureusement qu'Edouard Louis met une sorte de distance. Pour ce qui est des parents, non seulement ils laissent leur fils se faire insulter mais participent eux-même en le rabaissant ! si je t'ai donné envie de lire ce roman, tant mieux. Au plaisir de découvrir ton avis sur ton blog.
Fabien MORISSET a dit…
Merci pour ce superbe post. Pour un livre exceptionnel que j'ai tout juste commencé et dont je sens déjà le pouvoir et l'immensité du talent d'un auteur dont je me suis réjoui dès l'exergue qu'il reprenne Marguerite Duras, immense, sur l'identité dans Lol V. Stein.
J'y reviendrai en grand détail dès que j'en aurai fini la lecture. C'est à dire sûrement bien vite aussi. Pour mieux le relire et le partager.
manU B a dit…
Il faut décidément que je le lise ce livre !
Guillome a dit…
à n'en pas douter ! n'hésite pas à nous dire ton avis !
Bad Chili a dit…
Oui, vraiment bouleversant comme livre. La fin est horrible. On aperçoit un peu d'espoir et puis dans les dernières lignes... bam ! grosse claque !
Guillome a dit…
oui prend ça dans la tronche...j'avais envie de savoir ce qu'il allait devenir....
Cristie a dit…
OK OK tu m'as convaincu !