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Pike de Benjamin Whitmer

Pike de Benjamin Whitmer gallmeister

Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman des éditions Gallmeister, estampillé "littérature des grands espaces américains". Pourtant je savais que cette fois-ci, je ne retrouverais pas l'air vivifiant de la nature, les charmes des rivières où il est bon de pêcher la truite. L'histoire se déroule en ville, durant les années Reagan en plein hiver, où la neige fondue se mêle à la boue et à la crasse. Côté paysages, de magnifiques rues sinistres, des squats de junkies, des entrepôts désaffectés et des motels miteux.
 
Downtown Cincinnati, un restaurant dans une ruelle. A l'extérieur, quelques voitures rongés par le sel avancent dans la bouillasse de neige fondue, mais le trottoir est désert.

C'est dans cette ambiance chaleureuse que l'on voit apparaître le personnage de Pike.

Pike descend Mulberry street au ralenti, une main posée sur le volant, scrutant la surface chiffonnée de cette rue d'Over-The-Rhine de ses yeux gris plissés. Les fissures béantes de la terre sous les fondations des étroits immeubles victoriens. Les petites pelouses jonchées de détritus et de bris de verre. La neige lacérée de pisse jaune.

Pike est un ancien truand. Il se retrouve du jour au lendemain avec sa petite fille qu'il n'a jamais connu sur les bras. Sarah, sa mère vient de mourir d'une overdose. Accompagné d'un jeune paumé, Rory, ils vont en savoir plus sur les circonstance de sa mort. Ils devront s'armer de courage mais aussi et surtout d'une sacrée paire de c...., de leur flingue chargé au max. Ils n'hésiteront à employer la manière forte, à cogner celui qui ne veut pas cracher le morceau, pour apprendre la vérité. Une descente dans les bas fonds des quartiers pauvres de Cincinnati, le milieu des putes et des dealers que le lecteur n'est pas prêt d'oublier. Autant vous dire que c'est glauque, irrespirable et plutôt triste. Rajoutez à cela, un flic corrompu, ignoble et violent, bien décidé à faire taire ceux qui osent interférer dans son trafic de stupéfiants.

Pour son premier roman, Benjamin Whitmer frappe fort avec des personnages en souffrance, des scènes de baston où le sang gicle et se mélange au vomi et à la sueur. Les dialogues sont percutants, laissent un goût d'amertume, de regrets, de désillusions et de non-dits. 

Une lueur d'espoir ? Oui quand même, mais une toute petite comme celle d'une faible bougie qui s'apprête à s'éteindre. 

Les références à Jim Thompson et David Goodis (sur la 4ème de couverture) ne sont pas usurpées. Un superbe roman noir sévèrement burné qui laisse des traces chez le lecteur. C'est avec une envie de grands espaces et d'air pur que j'ai enchaîné mes lectures avec Le monde à l'endroit de Ron Rash dont je parlerais prochainement.

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